EN PRISON ! au Mexique. Par Olivier Maurin

Rubrique : MEXIQUE, Oaxaca

Jalatlaco © Olivier maurinUn café d’Oaxaca en entrainant un autre, puis un autre et encore un autre, nous avions décidé, ce soir-là, d’être un peu raisonnable et de boire une bière – une Sol, dans la mesure où l’on peut qualifier une boisson à 4, 2 de bière. Comme souvent, nous nous sommes installés sur le parvis de l’église de Jalatlaco pour admirer les montagnes se couvrir de rouge à la lumière du soleil couchant. Autour de nous se trouvaient l’habituelle douzaine d’ados en train de se bécoter et quelques petits apprenant à faire du vélo.

Peu de temps a passé avant que nous ne voyions arriver deux policiers municipaux sur un quad. Ils se sont dirigés vers nous sans l’ombre d’une hésitation, armés jusqu’aux dents, fusil mitrailleur, revolver, gilet pare-balles, jambières, casque, radio. D’authentiques Robocop équipé du cerveau d’un Atari ST.

Il paraîtrait, selon eux, qu’il est interdit de boire de l’alcool sur la voie publique au Mexique. Je n’irai pas jusqu’à affirmer que je n’étais pas au courant depuis longtemps, néanmoins, vu les circonstances, j’ai tout de même fait semblant. J’ai un peu tiqué quand le plus gros à la tête de Michel Galabru nous a parlé d’une amende de 790 pesos, d’autant qu’aucun d’entre nous n’avait une telle somme à disposition. La technique pourtant éprouvée du ‘’ouai, je comprends rien, désolé et tout et tout, je me casse’’ ayant lamentablement échoué, nous avons commencé à échanger quelques plaisanteries avec nos nouveaux amis. armeEntre temps, la moitié du quartier s’était mis au spectacle et des renforts étaient arrivés, une petite armée de policiers avec pick up, voitures, armes en tout genre. ll m’a semblé que les tanks et les hélicoptères n’étaient pas loin. Il fallait bien cela pour arrêter notre gang, un prof canadien à la retraite, un Viking suédois, et moi-même. Mon ami le gras policier, ce brave garçon fier défenseur des honnêtes citoyens, avait l’air tellement heureux de sa prise du soir qu’il ne pouvait s’empêcher de tripoter son fusil-mitrailleur de contentement. Il faut dire que les origines néerlandaises du Canadien laissent supposer une âme disposée au crime, à la rapine et à la piraterie. Quant aux Suédois, les moines de Normandie se souviennent encore du dernier passage de ces êtres sauvages. Moi, évidemment, je suis l’innocence personnifiée et seul un malheureux concourt de circonstances m’a conduit à cette situation.parade police mexique © Olivier Mauin

J’aurai bien invité tout ce petit monde à boire un verre (de soda) pour discuter tranquillement de nos mauvais coups passés, présents et futurs, mais le règlement est le règlement. Nous sommes donc montés dans un pick-up pour nous rendre au commissariat. Le voyage fut confortable. Même à trois nous disposions de plus de place sur la banquette arrière que dans une Mercedes. Il est doux d’être un bandit de haut vol au Mexique.

On nous a d’abord conduits à un bureau pour prendre nos empreintes digitales, puis les uns après les autres, nous sommes entrés dans un large bâtiment. Nous avons vidé nos poches sur un bureau, enlevé lacets et ceintures. Tout mon petit bordel s’est retrouvé dans mon chapeau. Mon gros ami policier s’en est emparé d’un air avide pendant qu’un autre me fouillait pour vérifier que je n’avais pas caché d’armes. On nous a ensuite invités à nous asseoir sur un banc. Un homme au visage couvert de sang n’a pas tardé à nous rejoindre. Très excité et la bouche pleine d’insultes, il avait manifestement très envie de se battre, proposition que nous avons décliné. Les vrais gangsters ne se mêlent pas à la foule des petits bandits.

20 mn ont passé avant que l’interrogatoire ne vienne. Un par un, nous nous sommes rendu dans une salle sombre occupé par un homme équipé d’une machine à écrire fatigué. J’ai confessé mon crime sans me faire prier.

- Nom, prénom ?
- Lama avec un seul l. Nom ‘’à Plumes.’’
- Age ?
- Un peu moins de deux ans.
- Vous venez d’où ?
- De France. Ville : Parisse DC.
- Pourquoi êtes-vous ici ?
- J’ai bu une bière devant l’église de Jalatlaco.
- Une seule ? l’air un peu surpris.
- Non une demie. Même pas eu le temps de la finir.
- Vous portez des tatouages ?
- Non, c’est démodé d’être à la mode et j’ai peur des aiguilles. Ça pique.

Il a tout de même fallu que je prouve mes dires en tournant comme une ballerine torse nue. Mes camarades ont tous été soumis au même interrogatoire, avec un petit plus pour le Viking qui a du présenter ses excuses pour ne pas avoir bu sa demi-bière dans le crâne d’un ennemi. Les traditions se perdent.

Nous sommes retourné sur notre banc, à attendre et à observer la foule bigarrée venant nous tenir compagnie à intervalles réguliers. Un policier a fini par sortir d’un couloir avec un appareil photo entre les mains. Le grand moment était arrivé. Enfin, comme une star d’Hollywood, j’allais avoir droit à mon portrait fait par la police. J’ai suivi l’homme au fond d’un couloir où dormaient à même sol quelques gars louches alors que, derrière les barreaux de leurs cellules, des prisonniers nous regardaient. Le policier m’a aimablement laissé me recoiffer avant que je me mette dos à un mur recouvert d’un panneau gradué en cm. olivierJe n’ai jamais compris pourquoi les célébrités font la gueule dans ce genre de situation alors qu’elles savent parfaitement que leur photo va se retrouver dans les tabloïdes. Au cas où, j’ai affiché mon plus grand sourire avant d’être photographier de face, de profil gauche et de profils droit, des vraies photos de prisonnier, comme dans les films. J’ai essayé de les récupérer, sans succès. Le policier s’est senti obligé de préciser que mon dossier resterait à Oaxaca. Je m’en doutais dans la mesure où mon numéro de passeport ne m’a jamais été demandé, tout en étant un peu désappointé d’être encore considéré comme un simple criminel de province. La prochaine fois, je rajouterai du mezcal dans ma bière.

Toutes ces opérations avaient bien pris deux ou trois heures. C’est long de remplir des dossiers. Je commençais à avoir l’espoir de sortir bientôt. Mon codétenu canadien, plus pessimiste, m’a fait remarquer que l’étape suivante était plus probablement la prison. Il n’y a pas d’habeas corpus au Mexique, chose regrettable, et de toute façon, aucun d’entre nous n’avait de numéro de téléphone sur lui, pas d’argent en quantité suffisante pour payer les 500 pesos de l’amende (elle avait bizarrement diminué en arrivant au commissariat). Rien. Et il faut reconnaitre qu’on encombrait un peu la zone sur notre banc.

Un homme a fini par venir nous chercher pour nous mettre au cachot. Nouvelle fouille, il a fallu enlever chaussures et chaussettes, tout ce qui était équipé d’un fil, jusqu’à ma veste, et nous nous sommes retrouvés tous les trois réunis dans une cellule d’un mètre sur deux avec la désagréable impression d’être des poulets de batterie européens. Des heures ont passé, impossible de savoir combien dans cet univers sans fenêtre. Dans le couloir, un mec gonflé par l’alcool ronflait sous une couverture, une odeur d’urine entêtante s’échappait d’une rigole et les murs, noirs de crasse, offraient pour seule occupation la lecture de noms gravés à l’ongle. La taule quoi. Sans même une balle pour jouer contre le mur.

église de Jalatlaco © Olivier MauinHeureusement, la cavalerie a fini par arriver. Arnel, un ami qui se trouve aussi être le patron de l’hôtel et du café donnant sur la place de Jalatlaco avait eu vent de l’agitation subite qui avait animé le quartier et, ne nous voyant pas revenir, il était venu nous chercher. Il a avancé les 1500 pesos nécessaires pour nous libérer et un policier est venu ouvrir notre cellule. Il lui a bien fallu 5 mn pour trouver la bonne clés, C’est long 40 clic clac sur une barre de métal. Bon an mal an, nous avons pu sortir. Nous sommes retournés au bureau où nos effets avaient été enregistrés. Une dame, la seule femme que j’ai vu dans le commissariat, et un monsieur en civil m’ont rendu mes affaires et, à ma grande surprise, mes 250 pesos manquaient. La dame a semblé particulièrement irritée par cette nouvelle. Elle est sortie, haute de son petit mètre 60 à la recherche de mon ami Galabru qui s’était subitement décidé à retourner au boulot. Pendant ce temps, je suis allé sur mon banc, occupé à remettre mes lacets dans mes chaussures, saluant les policiers de retour de patrouille et les SDF dormant dans les coins. Mon ami policier a fini par se pointer avec ses collègues. La petite dame en jupette a enfermé tous ces grands garçons en armure et mitraillette dans son bureau. Quelques instants houleux ont passés et Oh ! miracle ! mon billet de 200 et mon billet de 50 m’ont été rendu. En partant, j’ai bien essayé de dire au revoir, mais seuls la petite dame et son coéquipier en civil m’ont répondu. Mes amis policiers ont préféré garder une tête basse de garnements pris sur fait.

o. maurin 002Sur le retour, Arnel nous a emmenés raconter notre mésaventure au président du quartier puis nous sommes rentrés. À peine arrivé, j’ai pris mes pesos durement récupérés, je suis allé à la supérette à côté du Terminal et j’ai acheté 3 bières. Non, mais.

Après enquête auprès du voisinage, il semblerait que nous ayons été dénoncés par quelques bigotes de l’église parce que nous faisions de la peine au petit Jésus. Il arrive depuis ce jour que les gens du quartier hilares nous lancent des ‘’Eh ! C’est la police !’’. Nos camarades policiers ont été remplacés par d’autres. Je ne les ai jamais revus. Ils étaient sympathiques, mais je crains qu’ils n’aient perdu un peu de crédibilité et d’autorité dans le quartier après s’être attaqué à de dangereux criminels comme nous.

15 Responses to EN PRISON ! au Mexique. Par Olivier Maurin

  • anonyme

    Réponse : février 5, 2013, 9:18

    bigre…

  • othom

    Réponse : février 7, 2013, 6:40

    A la tienne !

    • Lama À Plumes

      Réponse : février 8, 2013, 12:19

      Hé, Une ‘tit Guinness dans une bouteille de Coca. Voilà qui serait astucieux. ;)

  • marie-line

    Réponse : février 10, 2013, 4:54

    nous avons bien rigolé !!!!!

  • Olivier Maurin

    Réponse : février 11, 2013, 2:52

    Nous aussi en fait. :)

  • Markus

    Réponse : février 11, 2013, 9:55

    Oaxacas bästa konstaplar visade sitt goda omdöme och kurage och tog hand om tre livsfarliga brottslingar. Befolkningen i Mexico har inget att frukta med så dedikerade brottsbekämpare. Nästa gång jag kommer till Oaxaca kommer de två antagligen ha stigit till graden av polischef. Fan vet om jag vågar lämna hotellrummet då. Ifall det finns någon rättvisa så får de städa den pissluktande cellen resten av sina arbetsliv. Hälsningar från Sverige.

    • Olivier Maurin

      Réponse : février 18, 2013, 5:52

      Bah, cela nous aura permis de visiter la jolie place qui jouxte le commissariat.

  • Anonyme

    Réponse : février 12, 2013, 5:45

    bravo mec d,avoir ose boire une bonne bierre au pied du petit jesus qui n,est surement pas encore remis de la surprise

    • Olivier Maurin

      Réponse : février 13, 2013, 8:57

      La prochaine fois, je boirai du vin de messe, comme tout le monde. :)

  • Anonyme

    Réponse : février 14, 2013, 11:11

    Pour un french le vin et la baguette….. avec le béret sur la tête. Bon souvenir

  • maizazul

    Réponse : février 18, 2013, 5:10

    malgré une notable hésitation (aujourd hui prémonitoire) du Prof canadien lorsqu’ Olivier sorta les 3 grandes Sols du grand frigo : la messe était dite…enfin, venir tenter un sec gosier ecclésiastique non loin de son parvis avec de la sol bien fraiche connaissant le vin blanc tetrabric mexicain, devrait etre beaucoup plus séverement condamné.

    • Olivier Maurin

      Réponse : février 18, 2013, 5:47

      Bah, d’un autre côté, boire du vin blanc mexicain, c’est de l’ordre du crime contre l’humanité.

      • maizazul

        Réponse : février 19, 2013, 2:05

        et ça boit du vin blanc tetra a 12º dans un calice posé sur l’autel et ceci 3 fois par jour, ça allume des gros petards toute la journée sur le parvis et ça balance aux flics des joyeux brigands en pleine degustation amicale, autour d’un 4,2º en canette. Si ça confesse pas bientot, va pas tarder á exploser… une fusée de plus ou de moins tu me diras.

  • Marie-Ange D

    Réponse : juin 11, 2013, 1:03

    Ça me rappelle l’histoire d’un ami qui a été emprisonné au Mexique également pour « ivresse sur la voix publique » pour avoir tenu sa bière à la main dans la rue… Chacun son concept de la sécurité!