LA CITÉ PERDUE (COLOMBIE) par Olivier Maurin

Rubrique : COLOMBIE, Côte caraïbe

Il y a la forêt tropicale sèche, la forêt tropicale humide, et il y a la Sierra Nevada, en Colombie, qui tient plutôt de la forêt tropicale liquide.

La région n’est pas des plus hospitalières : une chaleur étouffante, des vallées escarpées, des torrents dangereux et des moustiques par nuages. Au XVIème siècle, les Conquistadors qui ont essayé de s’en emparer s’y sont cassés les dents. Mais, comme dans leurs valises se trouvaient un certain nombre de maladies remarquablement efficaces, 80 % de la population indienne Tayrona a disparu en quelques années. Les survivants n’ont eu d’autre choix que de se soumettre à la loi espagnole ou de fuir très haut dans les montagnes, abandonnant leurs cités à la jungle. Quatre siècles plus tard, des pilleurs de tombes ont redécouvert une de ces villes. L’information a circulée, des archéologues et des anthropologues ont suivi (ainsi que quelques paramilitaires. Nous sommes en Colombie). La cité a été progressivement dégagée, étudiée et, au final, ouverte au tourisme. Il a aussi fallu qu’un guide se fasse assassiner pour que le gouvernement se décide à se débarrasser des Paras (des touristes étaient présent ce jour-là. Ils racontent, ils écrivent, le bruit tourne pendant des années sur la Toile. Bref, c’est mauvais pour les affaires). Il y aurait, paraît-il, encore quelques Farcs au fond de la jungle, mais personne ne les a vus depuis longtemps. Ils sont sages, ils se contentent de produire de la coca.

Avec le temps, le trek de 5 jours pour la Ciutad Perdita est devenu populaire. Il est, il faut le dire, remarquablement bien organisé. Les habitants du village de Machete Pelao se sont transformés en guides particulièrement compétents. Ils ont d’abord balisé le chemin et les guets puis construit au milieu de nulle part des camps de base, ce qui, dans une région pareil, représente un travail de Titan. À chaque passage, ils reversent une partie des revenues aux Indiens Koguis (les descendants des Tayronas). On se demande d’ailleurs un peu ce qu’ils en font : quelques bottes en plastique, fort utiles sous un climat aussi humide, une bière de temps en temps et puis… c’est un peu près tout. Les Koguis vivent très loin de l’univers industrialisé pour lequel ils n’ont a priori qu’un intérêt limité. On en croise souvent sur le chemin. Les adultes ont tous un petit bâton qu’ils frottent contre une calebasse remplie d’un produit jaune. L’objectif est de renforcer les effets de la coca des montagnes. Les Koguis sont des gens très surprenants. Lorsque nous sommes passés devant un village, le shaman, personnage atypique, creusait des trous en buvant une boisson étrange. Une jeune fille l’assistait, en proie à un profond ennui. Je n’ai toujours pas compris ce qu’ils faisaient. Plus tard, nous l’avons croisé sur le chemin. Il avançait, l’air un peu absent, sous une pluie torrentielle que nous aurions bien aimé éviter. Nous avons aussi croisé un couple regardant avec une fascination inexplicable un arbre, en silence. Ils nous ont salué poliment bien qu’à l’évidence dérangés dans une affaire de la plus haute importance.

Les Koguis n’appartiennent pas vraiment à cette terre. Ils sont ailleurs, quelque part, dans une jungle dont nous ne voyons et comprenons qu’une partie. Leur religion est très particulière. Depuis que la Ciutad perdita a été dégagée et qu’une sculpture massive de grenouille y a été découverte, ils ont réinvesti les lieux et recommencé à y pratiquer des cérémonies. La grenouille est très courante dans les représentations religieuses indiennes. Elle est présente jusqu’en Amérique centrale. C’est pourquoi le symbole le plus couramment associé aux Tayronas est une sorte de Batman, croisement entre une chauve-souris et un shaman, dont les Muséos del Oro de Colombie conservent quelques magnifiques exemplaires en or. Il est facile de s’en procurer des copies à Bogota entre le marché aux émeraudes et le vieux centre colonial.

 

 

9 Responses to LA CITÉ PERDUE (COLOMBIE) par Olivier Maurin

  • Bea

    Réponse : novembre 1, 2011, 6:38

    Salut Olivier!
    Merci pour ce site et de nous faire partager ton voyage avec les mots et de superbes photos!
    Un beso muy fuerte

    • Olivier Maurin

      Réponse : novembre 2, 2011, 10:56

      Si tu savais comme je suis en retard dans mes publications (et dans mon apprentissage de l’espagnol)…

  • fiona

    Réponse : novembre 2, 2011, 8:51

    salut salut,
    beaux articles, qui inspirent pas mal ;)!
    merci!

  • PHILIPPE F

    Réponse : novembre 4, 2011, 10:37

    Bonjour,
    merci pour cet article … mais je reste un peu sur ma faim !! quid de la ciudad perdida?

    • Olivier Maurin

      Réponse : novembre 6, 2011, 12:41

      Soyons honnête, elle n’est pas aussi impressionnante que Tikal ou le Machu Pichu. Il ne faut mieux pas y aller avec cette idée en tête au risque d’être déçu. Mais elle est unique dans son genre. Tout y est rond et le centre de la cité est bâti sur la crête étroite d’une montagne qui domine des vallées encaissées et elle n’a clairement rien à voir avec les aires culturelles mayas, incas, etc. ce qui la rend difficile à comparer. Elle est juste différente.
      Quoiqu’il en soit, le chemin qui y mène est clairement une part importante de l’intérêt de la visite. La Sierra Nevada serait d’ailleurs en elle-même suffisante pour justifier le déplacement et, en outre, il y a une cité étrange ensevelie sous la jungle à visiter. Que demander de plus ?
      Ah si… Peut-être un anti-moustique vraiment efficace. Ces sales bestioles infestent la région à un niveau que j’ai rarement observé.

  • serralta

    Réponse : mars 15, 2012, 1:43

    Bonjour
    je voulais aller à la « CIUADA PERDIDA », une agence contactée me dit que ça se fait en 6 jours, puis me propose 4 jours, puis 5 me disant que l’on fait 5 /6 kms /jours en 6 à 8 h qu’en est il exactement, combien de kms à peu prés et combien de temps,
    merci d’éclairer mon lomparo
    jps

    • Olivier Maurin

      Réponse : mars 18, 2012, 7:22

      Bonjour, je l’ai fait en 4 nuits, 5 jours. Je ne me souviens pas de tous les détails, mais le rythme était soutenable. Nous marchions surtout le matin, sachant qu’il pleut à verse l’après-midi. Il est en effet important de prendre en compte le climat qui est très particulier dans cette région. Je ne sais pas ce qu’il en est actuellement. Je pense néanmoins que 4 jours, c’est trop court et 6, trop long. Mais cela dépend des capacités de chacun évidemment.
      Il ne faut pas oublier qu’il fait très chaud, très très humide et que les moustiques sont particulièrement agressifs. On est content qd on sort de la jungle, mais 4 jours, c’est tout de même un peu court pour en profiter.
      Tu peux essayer de contacter Melkis Alvarez Orozco. Il est guide sur ce trek et a un compte sur Facebook (mais il est dans la forêt la plupart du temps).
      Bon voyage !

      Olivier

  • Terrevive

    Réponse : septembre 29, 2013, 11:46

    Voici un livre poétique qui est un hommage à ce peuple racine : les Kogis :

    http://kathy.dauthuille.free.fr/Tisserand.htm

    On y parle également de la cité perdue.

    Tisserand du soleil de Kathy Dauthuille

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