L’ART DE TRAVERSER UNE FRONTIÈRE par Olivier Maurin

Rubrique : TRUCS ET ASTUCES

Après avoir traversé une vingtaine de fois une frontière en Amérique latine, dont certaines deux fois, mon passeport commence à être plus tatoué que la jambe d’une Brésilienne.

Dans l’ensemble, leur réputation désastreuse est méritée. Elles ont tendance à attirer toute une faune d’arnaqueurs, de gangsters et de gens louches, bien que la plupart se traverse sans encombre. Il suffit de faire preuve d’un minimum de prudence.

 

Le passage d’une frontière se fait en plusieurs étapes :

- Poste de douane pour obtenir le tampon de sortie.

- Petite marche jusqu’au poste d’entrée.On change sa monnaie.

- Poste de douane d’entrée pour obtenir un nouveau tampon.

 

Cette simple opération peut prendre un moment, quelques heures parfois, qu’il faut avoir intégré dans son temps de trajet.

 

1. Bien choisir sa frontière. Certaines sont notoirement dangereuses. Il faut croire la rumeur publique. Par exemple, celle d’Huaquillas, entre le Pérou et l’Équateur, est à éviter. Il existe une – ou plusieurs – équipe dont la spécialité est d’attirer les gens dans leur ‘’taxi’’ pour les racketter au milieu du désert. Ils sont malins, entrainés et armés. La police locale ne fait rien et ne fera rien. Il est donc prudent de choisir la frontière qui passe par les montagnes. D’une façon générale, il est préférable de choisir les frontières à touristes, moins fréquentées, et qui ne concentrent pas l’essentiel des échanges économiques.

 

2. S’informer des particularités locales. Toutes les frontières ont leur mode de fonctionnement propre. Vous devrez payer une taxe à la sortie du Mexique si vous êtes arrivé par terre, mais pas si vous êtes venu par air. Le Guatemala, le Salvador, le Honduras et le Nicaragua forme une sorte d’entité douanière unique, ce qui signifie que les 90 jours sur votre passeport valent pour l’ensemble de la zone et non pas uniquement pour l’un des pays, comme tout le monde l’imagine. En arrivant au Nicaragua par le Honduras, il faut payer une petite taxe à la ‘’communauté locale’’. Ces bizarreries sont assez communes.

 

3. Choisir son moyen de transport. Bus, chicken bus, collectivos, taxis, bateaux…. Moins vous serez nombreux en arrivant au poste de douane, moins vous attendrez. Le plus petit est donc le mieux, mais il n’est pas toujours possible de faire un choix.

 

4. Une règle extrêmement importante : on ne se fait pas d’ami(e) avant, pendant et après le passage d’une frontière, surtout si l’ami(e) est joli(e), à des enfants ou est trop sympathique. On ne partage pas de taxi, de voiture, boisson, nourriture, alcool ou cigarette avec un(e) inconnu(e). La misanthropie est votre meilleure alliée, elle vous évitera d’être transformé en passeur de drogue ou, plus courant, l’enlèvement en direction du distributeur automatique.

 

5. Bien choisir son taxi. Il arrive qu’il soit nécessaire de prendre un taxi entre la frontière et l’arrêt de bus qui vous mènera à votre prochaine destination. Ne laissez personne choisir à votre place et résistez à toute forme de pression. Préférez ceux dont la photo sur la carte d’identité correspond au conducteur, ceux avec radio et avec un numéro.

Les frontières ne sont pas les endroits les plus recommandées pour partager un taxi avec des inconnus même s’il s’agit d’une pratique courante dans certains pays d’Amérique latine.

 

6. De nombreux pays exigent un billet de retour pour entrer sur leur territoire, comme le Costa Rica ou le Panama. Il ne vous sera pas réclamé la plupart du temps, à moins que cela soit l’occasion de vous vendre un ticket de bus, ce qui est fréquent entre le Nicaragua et le Costa Rica.

Afin d’éviter tout désagrément, Photoshop est votre ami. Un faux ticket d’avion fera l’affaire.

 

7. S’armer de patience et être aimable. Ne jamais emmerder le douanier, le mec avec un uniforme, même si il s’agit à l’évidence d’une pourriture infâme ou du dernier des abrutis. Cela demande parfois un peu d’entrainement, mais un sourire, un bonjour, quelques blagues, évitent bien des ennuis.

 

8. Changer sa monnaie n’est jamais gratuit. De toute façon, vous perdrez de l’argent. Il vaut donc mieux s’arranger pour n’avoir que le strict nécessaire afin de payer les taxes éventuelles et arriver à votre prochaine étape.

La liste des arnaques au change est longue, d’autant plus qu’il est souvent difficile de se débarrasser de sa monnaie locale en dehors du poste frontière. Parmi les plus classiques : calculette bloquée sur un chiffre, faux billets, habiles tour de passe-passe… Le meilleur moyen de s’en prévenir est d’avoir une idée assez précise du taux de change officiel et d’avoir fait ses propres calculs avant de discuter avec le changeur. Refusez les grosses coupures, elles sont les plus susceptibles d’être fausses.

Il est pratique de toujours avoir des Dollars sur soi. Ils sont échangeables presque partout et en toute circonstance. Cela vous évitera bien des problèmes. Si vous vous retrouvez coincé avec des Dollars de Belize, par exemple, il vous reste la solution de les échanger avec un autre voyageur ou d’en faire un feu. C’est à peu près tout.

 

9. Les contrôles des bagages à la frontière sont le plus souvent inexistants. Le meilleur moyen de les éviter est de préférer les bus courtes distances aux bus transnationaux. Le sac à dos est un moyen efficace d’éloigner les douaniers les plus motivés, comme le sac de linge sale à placer à l’ouverture du sac. Il faut se rappeler qu’il est parfois illégal de transporter certains souvenirs, en particulier ceux en laine (Chili) et qu’il n’est de toute façon pas recommandé de montrer des objets de valeurs aux douaniers. Planquer un peu son bordel est une bonne idée.

Surtout ne pas laisser son sac d’appoint à l’intérieur du bus lorsque vous allez effectuer les formalités administratives, même si le bus va être fermé, même si personne ne reste à l’intérieur, même et surtout si le conducteur du bus vous dit que cela ne pose pas de problème.

 

10. Profitez du statut d’Européen. Le passeport européen est de loin le plus intéressant en Amérique latine : minimum de taxe, popularité auprès des douaniers et accords internationaux très favorables en font un sésame précieux. Là où les Suisses ont besoin de visa, vous passerez tranquillement, là où les États-uniens se font racketter, on ne vous demandera rien. Évidemment, il peut arriver que vous soyez utilisé pour humilier les plus proches voisins. Entre le Chili et la Bolivie, par exemple, il n’est pas impossible qu’un douanier vous prenne par la main et vous permette d’effectuer toutes les formalités en moins de 5 mn au vu et au su d’une file de 75 mamans boliviennes. Mais n’oubliez pas que le mec en uniforme avec un flingue à raison.

 

11. la corruption est votre ami (en US Dollars de préférence). Oui, les douaniers sont corrompus à un degré plus ou moins important selon les pays, mais ils le sont. S’il vous manque un visa, quelques dollars posés dans votre passeport peuvent faire l’affaire. D’ailleurs, en cas de problème, c’est toujours une stratégie efficace. Il y a aussi la corruption institutionnalisée : les taxes qui n’existent pas et qu’il faut tout de même payer, entre le Guatemala et le Mexique par exemple. D’où l’importance d’être informé, il est parfois possible de négocier un ‘’pourboire’’, pas une taxe légale. Malheur à vous si vous faites l’erreur : les douaniers ont horreur qu’on les croît corrompu quand ils ne le sont pas.

 

12. Vérifier que le douanier a fait son travail. Un tampon à l’entrée, un autre à la sortie, une signature et le nombre de jours autorisés dans le pays (demander le maximum par principe : 90 jours). Souvent, on vous donnera de la paperasse annexe à garder précieusement. La moindre erreur, le moindre oubli (du douanier) vous coûtera très cher en temps et en argent.

 

Voilou. Malgré ces quelques conseils, il ne faut pas oublier que dans la grande majorité des cas, aucun problème ne se pose.

 

3 Responses to L’ART DE TRAVERSER UNE FRONTIÈRE par Olivier Maurin

  • Florian

    Réponse : mars 9, 2013, 5:33

    Bon article, bien informatif et ça résume pas mal les diverses pièces d’information qu’on peut trouver sur les forums. Je suis en train de planifier un long voyage en amérique du sud et ça donne envie!
    J’ai une question cela dit : est-ce que malgré notre statut d’européens il y a des pays qui requièrent un visa obtenu avant de se pointer à la frontière ?
    Merci.

    • Olivier Maurin

      Réponse : mars 15, 2013, 12:48

      Non, aucun (il faudrait vérifier pour le Venezuela et les Guyanes). En précisant que je parle de l’UE. Les Suisses, par exemple, ont besoin d’un visa pour aller au Belize, quoique souvent ils se contentent de glisser un billet de 20 USD dans leur passeport.

  • Simon

    Réponse : août 23, 2015, 5:44

    Bonjour je suis à Cali en Colombie et m apprête a rejoindre l equateur par Ipiales, je voulais donc savoir si le passage de la frontière entre ces deux pays était payant et si oui quelle somme je devais garder avec moi ?
    Merci pour toutes les infos de l’article et pour l éventuelle réponse que vous pourrez m apporter!
    Simon

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