HEUREUX QUI COMME PEDRO par Olivier Maurin

Rubrique : MEXIQUE, Oaxaca

la mort, DieuUn soir où je m’inquiétais pour tout un tas de trucs, je suis allé me prendre un café en face de l’église à l’heure où les montagnes deviennent rouges et, comme d’hab, je suis tombé sur Pedro.

Pedro, c’est un gars autour de la trentaine qui fait souvent la manche à la sortie de l’église. Il a un grand chapeau, une jolie chemise, une veste jaune et manifestement quelqu’un qui prend soin de lui de temps à autre. Il vit de la générosité du quartier et d’un petit boulot qui consiste à remplir les sacs des clients à la caisse des supermarchés.

Pedro a toujours le sourire aux lèvres, il se marre tout le temps, il est aimable. Bref, il a l’air heureux. Faut dire qu’il lui manque une case. La rumeur publique le diagnostique comme sévèrement autiste, peut-être parce que comme Sheldon (voir BBT), il ne peut s’empêcher de faire trois fois les mêmes choses, comme de répéter  »Gracias, gracias, gracias » pour une petite pièce. Il pique aussi le café de gens qu’il connait avant de faire trois fois le tour de la place devant sa  »victime ». Bref, il fait partie du quartier, avec le petit vieux aux colliers magiques de la Mixteca et ‘’Diablo’’, à la moustache et au chien.

Au début, je me disais que Pedro était tout le temps heureux parce qu’il était fou. Puis, progressivement, je me suis aperçu que tous les Mexicains étaient comme ça (ou presque) par définition et par principe. En fouillant un peu j’ai découvert qu’ils étaient 10ème sur l’indice de satisfaction de l’OCDE (http://www.oecdbetterlifeindex.org/fr/topics/satisfaction/), juste entre la Nouvelle Zélande et l’Autriche et loin devant l’Allemagne et les États-Unis.

‘tain 10ème !!! Alors que la France se retrouve péniblement derrière le Brésil et un peu devant le Chili, à la 21ème place.

Pourquoi ? J’en sais rien. En croisant toutes les données, y’a rien qui colle. Ils sont uniques dans leur catégorie. Peut-être qu’il manque simplement une case à tous les Mexicains, celle qui manifestement ne sert pas à grand-chose. D’ailleurs, quand on visite le centre historique de la capitale, on a cette impression de visiter la capitale d’un peuple un peu  »loco » : presque tous les bâtiments ont l’air d’avoir sérieusement forcés sur le pulque ou le mezcal (avec chapulines entre gens civilisés).mexico centre

Les esprits chagrins diront qu’il y a une explication rationnelle : la ville a été reconstruite après la Conquête sur un lac asséché au sol mou et, avec le temps, les immeubles prennent du gite.

Il n’empêche, au pays de Flores Magón, Cortés, Moctezuma, Juarez, il y a un truc qui fait que tout ce petit bordel se demmerde, on ne sait trop comment, par être plus heureux qu’un banquier du Luxembourg.

 

One Response to HEUREUX QUI COMME PEDRO par Olivier Maurin

  • Anonyme

    Réponse : avril 9, 2014, 4:13

    ca donne envie d y vivre…