LE FISC À L’ASSAUT DES CARAÏBES par Olivier Maurin

Rubrique : AMÉRIQUE CENTRALE, Honduras

Utila est une petite île perdue au large du Honduras qui a longtemps servi de repaire aux pirates. Le capitaine Henry Morgan avait installé sa base sur une île voisine, Roatán, et la légende veut qu’un trésor volé à Panama se trouve encore au fond de la mer.

Utila est aujourd’hui essentiellement habitée par des Garifunas, peuple d’origine africaine amenée par les Anglais à la fin du XVIIe siècle. Longtemps ils n’ont vécu que de pêche et d’agriculture, puis, un jour, quelques étrangers ont commencé à venir, attirés par la beauté des récifs. Une petite industrie touristique s’est mise en place. Les Garifunas parlent, en plus de leur propre langue, volontiers anglais et espagnol et nous sommes sur une île, on est un peu indépendant. Tout cela est bon pour les affaires. Des écoles de plongée ont été construites et, après quelques années, elles ont acquis la réputation d’être les moins chères du continent (244 USD pour le diplôme Open Water et deux ‘’fun dive’’), si bien que ce succès, tout relatif, a fini par attirer l’attention des autorités de Tegucigalpa.

À mon arrivée, un vent plus violent qu’un hurricane s’était abattu sur le village : le fisc. Je suis me retrouvé, l’estomac vide, dans un petit univers couvert d’affiches ‘’cerrado’’, ‘’Yo infrigi la ley’’. Tout était fermé. Pas moyen de trouver à manger. Mon errance pitoyable a fini par attirer l’attention d’une Équatorienne vivant sur l’ile. Ayant étudié dans un lycée français, elle n’eut guère de mal à deviner la provenance de mon sac Lafuma et, dans la langue de Molière, elle m’indiqua les rares lieux encore ouverts. Le lendemain, alors que je fouinais à la recherche de nourriture dans un des magasins rescapés, j’ai croisé un agent du fisc. Je l’ai d’abord pris pour un autre touriste affamé. Il portait un short, des lunettes noires et son teint était pâle, mais l’air tendu de la patronne m’a surpris et, lorsqu’il a commencé à réclamer les comptes, j’ai compris. Une heure plus tard, il a appelé un gamin qui l’attendait à l’entrée. Ils se sont tranquillement mis au travail et en quelques minutes les portes et les fenêtres ont été closes et placardées d’affiches jaunes.

Ce fut tout. Pas de cris, pas de protestations, pas de brusque montée de tension. Durant toute cette semaine, Utila est restée calme malgré la présence des agents fermant un à un ses magasins. Seule une veille femme à demi saoule s’est mise à chanter tout le jour ‘’cerrado, cerrado, es cerrado’’.

J’ai appris plus tard que les écoles de plongée, qui n’ont jamais fermé, allaient devoir payer 1 millions de Lempidas (environ 40 000 Euros). Les autres commerces ont réouvert après 5 jours, payé leur amende ou trouvé un arrangement. La vie a repris normalement sur l’île.

Quant à moi, j’ai failli périr noyé à ma première plongée en mer, j’ai fait marrer les poissons, je suis devenu sourd et j’ai même attrapé une otite. Ce qui m’a amené à la conclusion définitive que le monde sous-marin n’est pas fait pour les Hommes.

Mais que j’y retournerai.

 

 

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