LEÓN : PATRIA LIBRE Ó MORIR ! par Olivier Maurin

Rubrique : AMÉRIQUE CENTRALE, Nicaragua

Au Nicaragua, il existe une ville où les livres protègent des fusils et où l’histoire s’écrit sur les murs : León, le centre intellectuel du pays.

C’est là que le poète Rubén Darìo a grandi et qu’il est aujourd’hui enterré, dans la cathédrale aux pieds d’un lion. Les étudiants de tout le pays se pressent dans ses nombreuses universités pour y étudier ou faire la révolution. Le Front Sandiniste de Libération Nationale y dresse partout son drapeau « sangre y muerto » et les graffs racontent le combat mené contre le dictateur Somaza, la répression, les étudiants massacrés par la Garde nationale et la victoire. À l’origine du mouvement, il y a Augusto César Sandino, le héros du Nicaragua, qui démarra une guérilla contre la puissante oligarchie du pays alliée aux États-Unis. Son ombre reconnaissable à son grand chapeau est aujourd’hui fameuse. En 1934, alors qu’il venait de signer la paix, il est assassiné sur l’ordre d’Anastasio Somoza Garcia, le chef de la Garde nationale et futur dictateur.

Ses deux fils lui succèderont et feront preuve d’une férocité sans bornes. Des villages seront rasés, la capitale Managua elle-même a été bombardée. Il faudra qu’un journaliste américain soit exécuté par la Garde pour que les États-Unis cessent d’apporter leur soutien militaire à la dictature. En mai 1979, le FSLN s’empare du pouvoir. Ce ne sera pas la paix pour autant. Les Contras s’attaquent au régime sandiniste et de nombreux paysans, en particuliers les Indiens Miskitos de la côte Atlantique, s’opposent violemment aux reformes marxistes. Ce n’est qu’en 1990 que la situation s’apaise enfin. Le mur de Berlin est tombé. Les États-Unis n’apportent plus leur aide aux opposants aux régimes. À Managua les différents partis commencent à s’échanger le pouvoir presque comme dans une démocratie normale et, en 2006, le dirigeant du FSLN Daniel Ortega est élu président de la République. La guerre civile n’a pas repris.

Aujourd’hui sur la place centrale de León se trouve un musée ‘’La Galeria de Héroes y Mártires’’ taggé d’un grand « Bush genosida, enemigo de la Hunanitad ». Je prenais quelques photos quand un homme se disant être le guide du lieu m’a cordialement invité à entrer. Le bâtiment est grand, un ces palaces de style européen aux salles vastes et aux plafonds surélevés. La première pièce est en travaux, la seconde aussi. Des photos s’y étalent dans la poussière. Au fond de la cour intérieure, il a y une fresque représentant les fondateurs du FSLN. Le reste est vide. Mon guide me montre des révolutionnaires, Sandino jeune, Sandino vieux, sa maison, un sympathisant espagnol, des journaux, tout en m’expliquant l’histoire de son pays. Il finit par s’arrêter sur une image, un peu gêné. Tout un groupe de guérilleros s’y trouve et, en bas à gauche, ce gamin de 14 ans armé d’un grand fusil, c’est lui. Nous sommes ensuite montés sur le toit, en vieille tôle évidemment. J’ai dû faire semblant de ne pas avoir peur que tout s’effondre, mais c’est un bel endroit pour contempler la cité. La cathédrale de León s’y montre dans toute son imposante masse. En regardant bien, on aperçoit un haut bâtiment recouvert de drapeaux du FSLN. Mon guide m’explique qu’il s’agit de l’ancien siège des forces somozistes, là où on torturait et tuait. Plus loin, par temps clair, il est possible de voir les nombreux volcans qui entourent Leòn.

Nous sommes redescendus en passant par le premier étage. Il n’y avait là que de grandes salles vides, des cartons de bouteilles de Flor de Caña et une libellule essayant désespérément de s’envoler. La pauvre bête avait les ailes recouvertes de poussière. Patiemment et avec une délicatesse infinie, mon guide l’a nettoyée, l’a remise sur ses pattes, puis elle s’est envolée vers la ville.

 

 

One Response to LEÓN : PATRIA LIBRE Ó MORIR ! par Olivier Maurin

  • Clémence

    Réponse : juillet 19, 2011, 9:24

    Une belle rencontre… La lillebule et toi-même avez eu de la chance…
    Je t’embrasse
    Clémence

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