POTOSI EST UN MONSTRE par Olivier Maurin

Rubrique : BOLIVIE, Potosi

Cette haute montagne rouge est l’un des lieux les plus importants de l’histoire de l’humanité. Elle a enseveli dans ses flancs autant de cadavres que la Première guerre mondiale, engendré des conflits, fait et défait des fortunes, donné un nom à l’Argentine, structuré l’économie de continents, transformé des pirates en héro et des héros en bandit. Bref, toute la légende de l’Amérique est là, dans cet amas de roches rouges. L’Eldorado, il était ici, à  Potosi.

Tout commence au fond de ses tunnels, à la recherche d’un filon d’argent. Nous sommes à plus de 4000 m, l’oxygène est rare et l’air est froid, mais pas à l’intérieur de la montagne où les températures atteignent facilement 30 à 40 degrés. Si on ajoute à cela la poussière, les conditions de travail d’un autre âge et les diverses saloperies chimiques présentes dans les tunnels, il ne faut pas s’étonner que la mortalité soit encore aujourd’hui aussi forte. Les mineurs ne tiennent qu’à l’alcool à 90, coupé à l’eau pour les plus sobres, et à la coca. Les touristes sont volontiers acceptés. Ces hommes aiment raconter leur histoire et la tradition veut que les visiteurs  offrent en arrivant un bâton de dynamite et un sac de feuilles. On creuse comme au temps des Romains, sans chevaux, sans matériel moderne ou presque, comme à l’époque où un esclave en remplaçait un autre. Germinal à Potosi est un futur, non un passé. Une nuance cependant, les mineurs sont leurs propres maitres et ils gagnent plutôt bien leur (courte) existence. Ils ne travaillent ‘’que’’ 6 heures par jours, ce qui est un progrès par rapport au temps où les corps s’effondraient d’eux-mêmes en dépit de la coca. De temps en temps, lorsque deux équipes se rejoignent au hasard des filons, les poings et la poudre parlent et les mineurs s’entretuent pour quelques grammes d’argent. Ce monde est fascinant, issu d’un autre temps qui aurait dû disparaître. Demain, peut-être, le gouvernement de Bolivie se décidera à donner la concession à une grande compagnie moderne, détruisant le travail de ces hommes, mais améliorant la condition des quelques-uns qui y resteront.

 

Poster un merveilleux commentaire