TREMPETTE DE HIPPIES DANS DU CAFÉ (AU BORD DU LAGO DE ATITLÁN) par Olivier Maurin

Rubrique : AMÉRIQUE CENTRALE, Guatemala

Que cela soit clair, si vous voulez boire du bon café, restez en Europe. En Amérique centrale, on en produit, on ne le boit pas.

Quelques exceptions existent, en général à des prix et dans des lieux inabordables pour les Centraméricains. Ils préfèrent donc acheter un soluble infâme fabriqué par une quelconque multinationale (européenne). L’intérêt économique d’exporter de l’excellent café à bas prix pour importer un produit industriel douteux est difficile à saisir, mais c’est ainsi que cela se passe depuis très longtemps.

Heureusement, un jour au bord du lago de Atitlán au Guatemala, un certain Luis a ouvert un café, Las Cristalinas, du nom d’une montagne voisine que l’on appelle aussi la Nariz del Indien1 en raison de sa forme particulière. Il s’est ensuite procuré, on ne sait trop comment, une machine à torréfier et il a acheté des graines venues de la montagne en question. Puis il a commencé à inviter les touristes à assister à son travail et à boire son café. Cela a marché. Ils sont venus, et revenus, tous les jours aussi longtemps qu’ils sont restés sur les rives du lago de Atitlán. Il faut dire que Luis prépare le meilleur café que j’ai jamais bu en Europe comme en Amérique. Un petit miracle qui se déguste dans un jardin de caféier pour un prix dérisoire, à peine supérieur à l’infâme soluble. Pourtant, si toute la ville sait qu’il prépare le meilleur café du lac – et en tire une certaine fierté – les Mayas n’y mettent presque jamais les pieds. Les habitudes ont la vie dure, et c’est toujours le café made in Switzerland, qu’ils choisissent avant d’aller travailler dans leurs champs (de caféiers).

Cela n’empêche pas les affaires de Luis de tourner et d’avoir le projet d’ouvrir d’autres cafés au bord du lac. Il faut dire aussi qu’il bénéficie d’un environnement favorable. Le lago de Atitlán est de ces lieux magiques dont il faut s’approcher avec prudence. Il attire, il envoute et plonge ses visiteurs dans un état contemplatif et rêveur. Un Français, venu en simple touriste voilà des années, s’est ainsi fait boulanger dans un hôtel, avec pour seule qualification sa nationalité, simplement pour rester sur les bords du lac. Un Hollandais a ouvert une libraire. Il n’a ni eau courante, ni électricité, il ne vend pas beaucoup de livres, mais il reste. Je crois qu’il a oublié pourquoi.

Au cours des ans, des hippies venus d’un peu partout se sont installés dans un des villages du lac, San Marcos. Ils ont ouvert des centres de méditation, quelques magasins. Il parait qu’il y a de ‘’bonnes ondes’’. Certains sont un peu étranges. J’ai croisé un Canadien barbu habillé comme David Crockett avec, sur le crâne, une peau de renard aux yeux de cristal de roche. Il tirait le tarot à ceux qui le souhaitaient. Un autre se faisait appeler ‘’Le Docteur’’ parce qu’il prétendait soigner en faisant tourner un bizarre petit stylo de métal à mine de quartz. C’était gratuit, j’ai donc testé. Je ne suis toujours pas convaincu par l’efficacité du système, même si je dois admettre qu’il n’est pas facile de guérir quelqu’un qui n’est pas malade. J’ai aussi rencontré un Québécois passant ses journées à faire du yoga au bord du lac, à lire des trucs de hippies ou à jeuner. Il attendait que le printemps revienne dans son pays. Tous ces gens se moquent complètement qu’on les croit fou (ce qui arrive assez souvent) ou qu’ils fassent rire (ce qui est encore plus courant) et, s’ils sont souvent soupçonnés d’abuser de substances illicites, il mène le plus souvent une existence de moine : pas d’alcool, pas de drogue, pas de viande, pas trop de douche non plus. Pas trop de grand-chose en fait. Les plus audacieux vont tout de même jusqu’à boire de la tisane et jouer de la guitare autour d’un feu.

Malgré ces bizarreries, les Mayas se sont habitués à leur présence avec un amusement manifeste. Après tout, ils font vivre le commerce, ils attirent les curieux et ils ne sont pas du genre très dérangeant.

1. Il y a une photo de la Nariz dans le diaporama.

 

3 Responses to TREMPETTE DE HIPPIES DANS DU CAFÉ (AU BORD DU LAGO DE ATITLÁN) par Olivier Maurin

  • PHILIPPE F

    Réponse : novembre 4, 2011, 10:29

    Bonjour,
    je viens de tomber sur ce site, qui a l’air rigolo, intéressant, profond (dans le sens qu’il y a une réflexion) et « authentique », ce qui est plutot rare …
    Je tiens à dire qu’il ne faut pas mettre toute l’amérique centrale dans le même sac, au costa rica on boit un très bon café lorsqu’il est « de altura » et pas « de bajura » (cultivé au dessus de 1000 mètres). En France, on boit le « tueste frances », torréfié à la limite d’être cramé, le plus fort du monde (même tueste en italie). Dans les cafés et chez les gens on boit souvent un café très bon, mais pas du tout le même qu’en france : dans une grande tasse remplie à ras bord, pas fort du tout. Et on nous explique que le café se boit comme ça ! On s’y fait, puis on le trouve très bon (je précise: j’y ai vécu plusieurs années), avec des parfums qu’on ne trouve pas dans l’expresso, et pour ma part, je le préfère aujourd’hui à l’expresso. Le souci est que les cafés achetés en supermarché n’ont souvent rien à voir avec les cafés de petites fincas faits artisanalement, plus difficiles à trouver, mais on va dire c’est partout et pour tout pareil !! Voila …. mon opinion et mon expérience perso !

  • Olivier Maurin

    Réponse : novembre 6, 2011, 4:58

    Un grand merci pour les compliments et encore plus pour les précisions ! Le café est un sujet fascinant et très complexe qu’il soit question de sa production ou de sa consommation. Comme tu as l’air d’en connaître un rayon à ce propos, s’il te prend un jour l’envie d’écrire à ce propos, le Lama sera ravie de t’ouvrir ses portes !

  • Mikaël Faujour

    Réponse : janvier 3, 2015, 8:47

    Bonjour,
    Je vis depuis plus de 2 ans au Guatemala… et je peux vous assurer que les Guatémaltèques consomment bel et bien du café moulu local. Le nombre invraisemblable de coopératives qu’on trouve ici trouve bel et bien des débouchés sur le marché intérieur, même si une énorme partie de la production nationale est destinée aux marchés extérieurs.
    Le café soluble est simplement commode pour faire vite, par exemple au boulot. Mais je vous garantis qu’on boit ici bel et bien du bon café.
    Et plutôt amusé (et d’accord) à vous lire : les hippies du lac Atitlan ne sont à mes yeux qu’un ramassis de doux gugusses. Mais il y a aussi des initiatives très intéressantes (on pourrait dire la même chose, de façon générale, de tout ce qui découle du « new age », non?).
    Cordialement,
    Mikaël

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